23 décembre 2006

M[aux]

Je te donne la plume pour que tu dessines la plus belle ville que t'ai connue, le plus bel hymne que t'ai voulu.
A toujours voir les mots comme des touches de couleur, tu as créé un tableau impressionniste que je ne peux plus saisir que de loin. A trop vouloir les aimer j'ai perdu leur sens, j'ai gardé le sentiment, gardé la frustration, gardé l'envie gardé gardé gardé.
Je te donne la plume moi j'en veux plus.
Mes mains mortes reposent sur un linceul électronique de touches dociles. J'ai froid jusqu'au bout des ongles le coeur au chaud l'imagination en berne et les yeux humides. Si tu savais depuis quand j'aime les résonnances discrètes qui se font entre les syllabes forgées sur la même mesure. Si tu savais depuis quand les mots sont devenus pinceaux et les phrases sont devenues tableaux, si tu savais depuis quand j'aime les rimes les accords et surtout les désaccords, les danses à quatre temps et l'envolée lyrique dès que le rythme s'emballe vers la fibrillation.
Si tu sais tout ça, tu peux prendre ma place, devenir jongleur pour public absent, faire rire et pleurer les fantômes, apprendre à te surprendre. Si tu sais ça, alors tu peux écrire, écrire par amour des sens et des non sens, écrire pour l'amour du juste, du vrai, du jeu.
Si tu comprends tout ça, je peux fermer les yeux, serrer les poings, et respirer.
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30 novembre 2006

Un peu d'intimité.

Journée surréaliste avec le temps figé sous le vent glacé qui découpe les secondes au scalpel. C'est pas désagréable juste différent, effet anesthésiant qui endort même le coeur et on oublie qu'un jour il a pu pleurer.

Colocation pour vingt-quatre heures et des poussières, la bonne personne du premier coup, on se frôle sans se rentrer dedans, les silences pèsent pas plus que l'air, les conversations volent haut et bas ça dépend de la pression. Les films défilent avec les heures et puis c'est le parc deux silhouettes en manteaux noirs des rires qui roulent sous les feuilles mortes. Sur les trottoirs l'automne cache les pièges canins et mon soleil marche dedans. Hier soir elle a eu de la chance mais la roue tourne pour qui n'est pas capable de la retenir.

L'après-midi arrive comme un songe et l'on ne voit même pas la nuit tomber. En attente, presque en pause. Rendez-vous au crématorium, pas pour nous juste pour qu'on nous y voit. L'heure n'est pas la bonne, pour s'occuper l'hôpital psy d'un côté une cafétéria de l'autre, drôle de coin. Mains autour du chocolat chaud et grignotage passif et coupable car c'est pas bon pour le régime. Paul nous rejoint s'exclame s'indigne s'emporte claque des mains et le petit papa noël se met à chanter. Une fois panique on sort les portables non c'est pas moi c'est toi d'où ça vient où est l'abri antiaérien ? Deux fois fou rire et tu le fais exprès les nerfs lâchent, tendus par un stress dont on avait pas conscience. Les sources en diffèrent peut-être peut-être pas.

Chez moi juste l'impression d'être là où je n'ai aucune envie d'être. Les paroles surfaites, vides, artificielles, prononcées à la chaîne et suivant les conventions. Toutes mes condoléances et voilà le prix à payer pour l'incinération. On reste debout tout en noir et les mains croisées l'air grave envie de rire soudainement un rire d'hystérique rire qui fait peur qui fait sortir. Tout pour pas devoir faire ce que je ferai pourtant, la prendre dans mes bras et même pire lui serrer la main je suis désolée je suis là pour toi et j'en pense pas un mot. Pas le courage d'être celle qui passera pour la méchante une fois encore la sans coeur la sans morale alors qu'au fond j'aimerais être aussi honnête envers les autres que je le suis avec moi-même.

20 novembre 2006

Prise de vue

Et puis merde pourquoi il se prenait la tête. Il retiendrait, sa mémoire ne l'avait jamais laissé tomber. Pour certains il serait même trop intelligent. On est jamais trop de quoi que ce soit. Et ceux qui utilisent ce mot sont des mijaurées dénaturées, la modestie ne sert qu'à dissimuler la peur d'échouer ou le manque d'ambition. Se poser des limites ça ne sert qu'à se rassurer, à se dire qu'on peut les atteindre mais pas les dépasser, on cloisonne tout, jusqu'aux sentiments qui sont mis sur une échelle de valeurs et à quand le sismographe émotionnel ? Quelles conneries tout ça. Pas étonnant qu'il se sente parfois si seul au milieu d'une armée de mouton.

A la fenêtre debout droit comme un i avec ses mèches qui prennent feu, Lin attend regarde pense un peu beaucoup à rien que des conneries ce nuage trop bas qui gâte l'horizon, c'est moche c'est gris, c'est pas son monde c'est franchement trop naturel, et comme le reste c'est décevant. La moue méprisante des lèvres ça agace tout ceux qui le regardent même comme ça il est beau plus glacé que le papier sur lequel il évolue. Regardez moi regardez moi regardez moi vous n'êtes bon qu'à ça. Quelques pas et le mannequin s'éloigne soupir qui s'échappe d'entre les lèvres pincées. Quelque chose va pas ça fronce ses sourcils fait une ligne mince et catégorique entre les deux, sa tête des mauvais jours quand le prince veut décapiter son Fou.

Zach t'es où ? Question tellement con je connais la réponse et c'est pas à prendre au premier degré tu le sais je le sais mais tu m'entends pas alors autant laisser tomber. Y toucher c'est pas tomber amoureux c'est comme la première piqure et la dépendance immédiatement après. Sur la table basse trois mètres au moins son portable qui brille et vas y envoie le ce message qui le fera penser à toi ? Penser à moi mais il peut pas m'oublier. Quelque part un mensonge et ça siffle fort à ses oreilles.

Entre deux défilés rien d'autre à faire que contempler ce qu'il n'a pas construit. Il sait dire non mieux que personne, dire non aux compromis, aux demi-mesures, aux contente toi de ça. Non. J'ai droit à tout, je veux tout prendre pas laisser une miette pour les autres et je partage pas je partagerai jamais. Il crachera dans les bouches affamées toujours sourire aux lèvres un sourire qui dit je suis loin et les portes de mon monde t'as juste le droit de les lécher.